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N° 2 — Octobre 2026GREENSGIVE

La Gazette du Registre Vert

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La chaîne de valeur de la biodiversité

Une condition nécessaire pour mobiliser les 20 milliards d'euros annuels pour la biodiversité.

3 min de lecture

L'Europe s'est fixé de restaurer la nature, mais elle manque d'environ 20 milliards d'euros par an pour y parvenir. Pour combler cet écart, la Commission veut attirer l'argent privé. Or l'argent privé ne circule que là où existe une chaîne de valeur : quelqu'un produit, quelqu'un paie, et la valeur créée est reconnue. Pour la biodiversité, cette chaîne est encore incomplète.

Deux choses différentes 

  • La chaîne de valeur de l'entreprise, vue sous l'angle de la biodiversité. C'est le sens du reporting extra-financier. 
  • La chaîne de valeur de l'action de biodiversité. On suit cette fois l'action elle-même, de sa réalisation sur le terrain jusqu'à sa reconnaissance économique. La biodiversité n'y est plus un risque, mais une activité qui produit de la valeur.

Si l'Union a fixé des obligations de résultat aux États et commence à outiller la demande privée, l'obligation pèse sur les États, et pas sur les entreprises. Et le paradoxe est là car l'Europe demande aux États de restaurer massivement, au moment même où elle allège l'obligation des entreprises de rendre compte de leur impact. La demande privée restera donc largement volontaire.

Un chiffre pour situer le marché potentiel 

Selon l'Agence européenne pour l'environnement, la biodiversité aurait besoin de 54 milliards d'euros d'investissement par an dans l'UE. Les financements publics européens et nationaux atteignent environ 31 milliards. L'écart moyen est estimé à 21,4 milliards d'euros par an, sans compter environ 17 milliards supplémentaires pour la gestion durable des sols.

Les fonds publics devraient baisser d'ici 2027, à 28,5 milliards selon les projections de l'Agence. La Commission en tire la conclusion explicite : l'argent public ne suffira pas, il faut mobiliser des financements privés en complément.

Les estimations varient selon le périmètre retenu : la Commission avance aussi le chiffre de 65 milliards par an de besoins. L'ordre de grandeur, lui, ne change pas.

Vue sous l'angle de l'action, la chaîne de valeur de la biodiversité va du terrain jusqu'à la reconnaissance économique, en cinq maillons. Chaque maillon dépend du précédent : sans preuve, le financement ne devient pas de la valeur, et cette valeur ne revient pas financer de nouveaux lieux.

Où la chaîne casse aujourd'hui

La Commission identifie elle-même les fragilités de la future chaîne : greenwashing, conflits d'intérêts, double comptage et faiblesse de la demande (Linklaters). Trois ruptures en découlent.

  • La preuve. Sans trace fiable de ce qui a été fait, où et avec quel argent, le financeur ne peut rien revendiquer. Depuis le 27 septembre 2026, la directive européenne 2024/825 interdit les allégations environnementales non étayées : la preuve devient une condition pour communiquer.
  • La petite échelle. Une certification coûte cher. Elle ne se justifie que pour des projets d'une certaine taille, et laisse de côté la nature ordinaire : haies, prairies, lisières, mares. La Commission prévoit d'ailleurs de traiter en 2027 la place des petits exploitants et des PME.
  • La valeur du travail. Les crédits rémunèrent un gain écologique mesuré, difficile à établir et lent à apparaître. Le travail de soin qui le précède reste, lui, rarement reconnu comme une activité économique à part entière.

En résumé...

L'Europe a donc fixé l'objectif et chiffré le besoin financier, par le manque. Elle poursuit la construction de la demande, lentement, par les crédits nature, organisée par la sphère publique. Malheureusement, il manque une chaîne complète, plus adaptée  aux acteurs privée où chaque action, même modeste, puisse être financée, prouvée et reconnue. 
Cette chaine de valeur structurera un marché de la biodiversité plus ouvert dans lequel prendre soin pourra être valorisé  au même titre que n'importe qu'elle autre activité.

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