ODD 15 : sans preuve, pas de vie terrestre durable. Le rôle d’un registre vert
Feuille de route de la France pour l’Agenda 2030
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En septembre 2015, les 193 États membres de l’ONU ont adopté le programme de développement durable à l’horizon 2030, intitulé Agenda 2030. C’est un agenda pour les populations, pour la planète, pour la prospérité, pour la paix et par les partenariats. Il porte une vision de transformation de notre m
c'est quoi ODD 15 ?
L’objectif de développement durable n° 15 de l’Agenda 2030 porte sur la vie terrestre.
Il demande de préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, de gérer durablement les forêts, de lutter contre la dégradation des sols et de mettre fin à l’érosion de la biodiversité. Ses douze cibles couvrent la protection des espèces menacées, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes et la neutralité en matière de dégradation des terres d’ici 2030.
La France a une responsabilité particulière. Elle fait partie des quinze pays « mégadivers » de la planète et abrite environ 10 % des espèces connues dans le monde. Elle compte aussi plus de 2 200 espèces menacées sur son territoire. Le cadre public est solide. La loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité pose les principes de non-régression, d’absence de perte nette et de la séquence « éviter, réduire, compenser ». La Stratégie nationale biodiversité 2030 prévoit 40 mesures, dont l’une des priorités est de mobiliser tous les acteurs.
Ce que disent les indicateurs nationaux
Pour suivre l’ODD 15, la France a retenu six indicateurs, publiés chaque année par l’Insee. Leur lecture est contrastée.
La forêt progresse : le taux de boisement de la métropole atteint 32 % en 2022, contre 29,9 % en 2010. Le reste des indicateurs va dans l’autre sens. Seuls 16 % des habitats naturels sont dans un état de conservation favorable en 2024 (données provisoires), contre 22 % en 2012. La surface des écosystèmes peu anthropisés diminue lentement. Le nombre moyen d’espèces exotiques envahissantes nouvellement installées en métropole est passé de 37,5 à 54,3 en dix ans.
Le signal le plus net concerne les oiseaux communs. Sur la base 100 en 1989, l’indice des espèces spécialistes des milieux agricoles tombe à 37 en 2024. Celui des espèces des milieux bâtis est à 51, celui des espèces forestières à 77. Seules les espèces généralistes se maintiennent. Autrement dit, la nature ordinaire des champs, des haies et des prairies recule le plus vite.
Les aires protégées couvrent 28 % du territoire métropolitain, mais la protection forte n’en représente que 1,55 %. L’essentiel du territoire dépend donc de pratiques de gestion ordinaires, publiques comme privées.
Le maillon manquant : la trace de l’action
Ces indicateurs mesurent un état : surfaces, populations, habitats. Aucun ne mesure l’effort consenti pour les améliorer. On sait que les oiseaux des champs disparaissent. On ne sait pas combien de haies ont été plantées, combien de prairies ont été remises en herbe, ni qui a financé ces actions. La cible 15.9 demande pourtant d’intégrer la biodiversité dans la comptabilité, et la cible 15.a appelle à mobiliser des financements « de toutes provenances ». Un financeur ne s’engage durablement que s’il peut démontrer ce qu’il a financé.
C’est dans cet espace que s’inscrit le Registre Vert. Il enregistre chaque acte de biodiversité, comme on inscrit un soin dans un dossier médical. Une plantation de haie, une remise en prairie ou une restauration de mare devient une entrée datée et localisée. Elle est cosignée par le propriétaire et le financeur, puis certifiée par horodatage sur blockchain. Le registre ne juge pas, il atteste. Il joue le rôle de tiers de confiance entre ceux qui agissent et ceux qui financent.
Le Registre Vert est complémentaire des indicateurs nationaux. Les indicateurs mesurent les résultats à l’échelle du pays, quelques années après l’action. Le registre documente l’action elle-même, à la parcelle et au moment où elle a lieu. L’un éclaire l’autre. Le déclin des oiseaux des milieux agricoles appelle des actions dans ces mêmes milieux : prairies mellifères sur les bassins de captage, haies en bordure de parcelle, gestion différenciée. Un registre de ces actions permet ensuite de croiser l’effort engagé avec l’évolution des indicateurs sur un territoire donné.
Pour une entreprise soumise à la CSRD, le registre apporte une preuve opposable à l’appui de ses informations sur la biodiversité (norme ESRS E4). Pour une banque, il documente l’usage réel des fonds. Pour une collectivité, il donne une vision consolidée des actions engagées sur son territoire. Pour le gestionnaire de terrain, il rend visible un travail jusqu’ici invisible.
L’ODD 15 ne sera pas atteint par les seuls espaces sous protection forte. Il le sera par la multiplication d’actions locales, financées et durables, sur le reste du territoire. Les indicateurs nationaux montrent où se situe l’urgence.
Le Registre Vert permet de tracer la réponse.